Enseignement et formation techniques et professionnels : les grands défis de l’Afrique face à la COVID

10 mar 2021

La pandémie met à l’épreuve la solidité et la réactivité des systèmes d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP). Mais cette crise fait aussi émerger des bonnes pratiques et des initiatives pertinentes, susceptibles d’inspirer et de renforcer les futures politiques en matière de gestion et de planification du secteur en Afrique. Quelles pistes envisager pour tirer parti du contexte pandémique et relever les grands défis de l’EFTP ?

Partout dans le monde, l’arrivée brutale de la COVID-19 a contraint les acteurs de l’EFTP à se réorganiser dans l’urgence. La priorité a d’abord été donnée aux questions sanitaires, à la continuité pédagogique et au maintien du lien relationnel entre les apprenants, les centres de formation et les entreprises. Le digital et les technologies numériques sont alors apparues comme un levier incontournable de riposte à court terme. Toutefois, le manque d’équipements adaptés, les difficultés liées à l’accès à Internet en Afrique et la spécificité de l’EFTP, par définition fondée sur la transmission de gestes pratiques, compliquent la situation.

Digitaliser l’EFTP et adapter les environnement d’apprentissage

Plateformes de formation digitale, accès gratuit à des contenus d’apprentissage en ligne, modules d’exercices pratiques dispensés à distance, solutions low-tech ou accessibles hors ligne… De nombreuses initiatives  – qu’elles soient publiques ou privées, locales ou nationales  – apportent des réponses prometteuses aux réalités et aux contraintes de l’EFTP en Afrique. C’est le cas, par exemple, de la plateforme d’apprentissage en ligne atingi, des outils digitaux développés par les entreprises Lucas-Nülle et Festo – ou encore de la plateforme d’apprentissage en ligne Ejàng initiée par le gouvernement sénégalais.

Souvent conçus avant la pandémie, ces dispositifs ont été cruciaux lors de la fermeture des établissements, puis dans le cadre des consignes de distanciation physique.  Si la crise de la COVID-19 a contribué à accélérer l’adoption de ces pratiques émergeantes, elles resteront incontournables à plus long terme pour diversifier les modalités d’apprentissage en EFTP, en alliant présentiel et distanciel.

Fluidifier et améliorer l’insertion professionnelle des apprenants

La pandémie ne doit pas faire perdre de vue les faiblesses intrinsèques des systèmes et des dispositifs d’EFTP en Afrique. Ils peinent notamment à répondre à la volatilité du marché de l’emploi et au chômage des jeunes sur le continent. Et si cette crise constituait justement une opportunité à saisir pour accélérer la transition vers des modalités d’insertion professionnelle plus souples et plus efficaces ?

Certains outils innovants, certaines initiatives publiques et privées propices à l’employabilité des apprenants, ont bénéficié d’une visibilité et d’une légitimité renouvelées ces derniers mois. Mutualisation des outils et ressources entre pays, parcours de mentorat en ligne, dispositifs de micro-certifications pour assouplir la reconnaissance des compétences, application web exploitant des données à grande échelle pour suivre et orienter les apprenants : autant de bonnes pratiques dont les gestionnaires et planificateurs de l’EFTP peuvent s’inspirer. Sur ces questions, l’application InserJeunes développée par l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation (IFEF), les initiatives de l’école en ligne Openclassrooms ou de l’eCampus Ontario au Canada, font partie des exemples marquants.

S’adapter aux nouveaux besoins en compétences des marchés du travail

Renforcer l’adéquation entre l’offre des programmes d’EFTP et la demande des employeurs en termes de main d’œuvre qualifiée est un enjeu majeur en Afrique. Il s’agit, autrement dit, de concevoir des systèmes suffisamment flexibles et réactifs pour permettre aux apprenants, quel que soit leur âge et leur parcours professionnel, d’acquérir les bonnes compétences au bon moment. D’un côté, les marchés du travail se transforment, imposant certaines reconversions professionnelles – ou reskilling. De l’autre on observe que le renforcement des compétences digitales – ou digital upskilling – s’impose au niveau global, dans tous les secteurs économiques.

Face à cette double préoccupation, l’IIPE-Dakar a initié un travail de veille pour identifier les pratiques et initiatives innovantes, principalement issues du secteur privé, facilitant les reconversions et l’apprentissage tout au long de la vie. Parmi ces nouveaux pourvoyeurs de formation, citons l’entreprise kenyane Fundis qui développe des contenus destinés notamment aux artisans du secteur informel, afin de renforcer leurs compétences digitales. Ou l’entreprise de transports Max, au Nigéria, qui contribue à développer l’alphabétisation digitale des taxis et mototaxis de plus en plus dépendants des technologies pour exercer leur métier.

Pour retrouver tous les autres exemples, outils et ressources, sélectionnés et commentés par les experts en EFTP de l’IIPE-UNESCO-Dakar, rendez-vous sur l’espace dédié de la Plateforme d’expertise en formation professionnelle (PEFOP) :

Gérer et planifier l’EFTP face à la COVID-19