Qualité de l’éducation au Burkina Faso : politiques à l'impact limité dû à une faible compréhension des problèmes sur le terrain

 

 

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Éducation
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Loi d’orientation, Plan de Développement du Secteur de l’Éducation de Base, Plan sectoriel pour l’Éducation, Stratégie Intégrée de Renforcement de l’Encadrement Pédagogique, Stratégie Intégrée de la Formation Continue des Enseignants et des Encadreurs Pédagogiques, Référentiel Qualité pour l’Éducation de Base…si l’on commence à analyser le pilotage de la qualité du système éducatif burkinabè via ses documents de stratégie éducative, on se dit qu’on est face à un « premier de la classe ». Mais, car il a toujours un « mais » : il ne suffit pas de définir des stratégies pour garantir leur réussite. 

C’est le constat qu’a fait l’équipe en charge du diagnostic du pilotage de la qualité de l’éducation mené par le Ministère de l’Éducation avec le soutien de l’IIPE-UNESCO Dakar : le système burkinabè dispose de stratégies et d’objectifs pour améliorer la qualité de l’éducation. Mais, à défaut de s’appuyer sur une connaissance fine des enjeux spécifiques de chacun de ses territoires et d’allouer les moyens en conséquence, ces stratégies ne trouvent pas écho dans les pratiques des acteurs, et n’offrent que peu de résultats.

De bonnes idées, mais une mise en œuvre difficile

D’abord, parce que les stratégies élaborées émanent du niveau central, et qu’elles sont peu connues des acteurs censés les appliquer. Peu connues, mais aussi peu accompagnées : face à des demandes dont ils ne comprennent pas forcément l’enjeu ou la portée par rapport à leur propre contexte, les acteurs du niveau déconcentré jouent difficilement le jeu. Conséquence : les stratégies développées peinent à trouver leur cible et leur impact sur la qualité des apprentissages est minime. 

Aussi, parce que ces stratégies ne sont pas toujours en phase avec la réalité de tous les territoires du système. Pour proposer des actions qui fonctionnent, le niveau central doit pouvoir s’appuyer sur une connaissance fine des difficultés que rencontrent les acteurs. Cette connaissance devrait se construire via la collecte et l’analyse d’informations à chaque niveau du système. Et là encore, un écueil de taille : malgré le nombre d’outils développés pour collecter et analyser l’information, le résultat n’est pas toujours au rendez-vous. Que ce soit pour des raisons de manque de formation, d’adhésion ou de pertinence, les différents outils ne sont pas utilisés correctement et ne permettent pas de disposer de données fiables et cohérentes. Et sans ces données, difficile d’élaborer des stratégies ou de fixer des objectifs conformes à la cible, et d’allouer les moyens adaptés.
 

Des moyens qui ne sont pas toujours en adéquation avec les besoins

La rareté des ressources financières est un fait, accentué par le transfert de compétences de l’État aux collectivités. Et, si les moyens financiers font défaut, le diagnostic met également en lumière les moyens humains qui sont eux aussi limités. Dans un système qui tend à aller vers plus de décentralisation et qui confient une grande responsabilité aux acteurs les plus proches du terrain, leur accompagnement à ces nouvelles responsabilités (notamment administratives et financières) n’est pas toujours à la hauteur des enjeux. Ainsi, des acteurs témoignent :

« Ces structures se combattent et se font la concurrence dans une ambiance de conflits de leadership où leurs responsables méconnaissent leur fonctionnement et manquent de formation à leur mission ».

Peu formés et peu accompagnés, les acteurs du niveau déconcentré semblent éprouver des difficultés à jouer pleinement leur rôle. Souvent éprouvés par une charge administrative conséquente, ils peinent à suivre le rythme et freinent ainsi les actions en faveur d’une amélioration de la qualité.
 

Pourtant, des initiatives innovantes et exemplaires existent

Malgré les difficultés, l’innovation existe et certains développent des solutions pour répondre aux besoins de leurs publics. Que ce soit en termes d’innovations pédagogiques ou en termes de pilotage, le diagnostic révèle l’existence de pratiques qu’il pourrait être intéressant pour le système de documenter, de capitaliser, afin d’en tirer des leçons à l’échelle du système. 

Le Ministère de l’éducation a la capacité à impulser et à définir des actions d’envergure, elle a également la capacité à mettre à disposition des outils pour atteindre son objectif d'amélioration de la qualité de l'enseignement. Il peut aussi s'appuyer sur les instances locales pour sa mise en œuvre.
 

Le défi est maintenant d’arriver à créer une dynamique vertueuse qui permette à chaque niveau d’intervention de se nourrir de ses retours d’expérience afin d’alimenter des actions bien ciblées, dont l’impact sera salué par tous.